Lettre 005 : « Chère planète (1) »

Lettre 005

25 avril 2021

Chère planète,

Il y a quelques jours, c’était ta journée. A cette occasion, j’ai vu fleurir sur les réseaux sociaux tout un parterre de posts indiquant les actions mises en place par leurs auteurs et m’invitant à laisser un commentaire pour parler des miennes. Ce jour-là, j’ai pris mon portable, j’ai écrit, j’ai effacé, puis finalement, je n’ai pas réussi à apporter ma pierre à l’édifice.

Parce que j’ai eu l’impression d’assister à une compétition du meilleur petit être humain. Comme si d’afficher aux yeux du monde entier un message indiquant que je trie mes déchets, en m’adressant à Gaïa, ça allait me conférer un genre d’immunité de ta part. Mais qui sait, peut-être que les portes du Paradis s’ouvriront à moi si je me lave les cheveux avec de l’urine d’orignal.

Ce que j’ai trouvé le plus paradoxal et illogique, c’est que cette vague écologique ait été propagée par les éléments les plus polluants que nous ayons créés. Evidemment, ça partait de la meilleure intention du monde mais il serait intéressant d’avoir un retour sur le bénéfice réel d’une telle action. Parce qu’une publication sur les réseaux sociaux indiquant que l’on est écolo, nécessite l’utilisation a minima d’un téléphone portable ou d’un ordinateur, d’Internet, d’électricité, de serveurs de stockage. Ce qui implique métaux lourds, terres rares, réchauffement de fleuves et rivières, wifi, 4G, 5G et leur lot d’ondes électromagnétiques et de lancements de satellites, etc. Chère planète, pour t’écrire j’utilise tous les outils cités ci-dessus, pour un bénéfice à ton égard totalement nul, mais j’assume. Ne te méprends pas, je ne dénigre pas les personnes ayant participé à ce défi sur la toile. Surtout que la plupart mettent en place des actions qui forcent mon admiration. Mon problème est autre…

Ce que je ne comprends pas, c’est comment certains, voire beaucoup trop, peuvent à la fois participer à ce genre de challenge et juger avec une véhémence démesurée une personne parce qu’elle a commandé sur le site des amazones, mangé une tartine de pâte à tartiner à base d’huile de palme, conduit une voiture diesel, utilisé des protections hygiéniques jetables et j’en passe des vertes et surtout des pas mûres. C’est donc ça le monde de demain ?! Celui que nous voulons laisser à nos enfants. Une planète peuplée de gens à la bienveillance écologique exacerbée mais dénués de toute empathie pour leur prochain et dont l’humilité frôlerait le PIB du Burundi. Un peuple implorant ton pardon pour les erreurs de ses ancêtres mais n’étant pas capable d’absoudre à son tour.

Chère planète, le seul message dans lequel je me suis retrouvée, c’est celui reposté par Séverine, qui dit qu’en matière d’écologie la perfection n’existe pas. J’adhère totalement à ce précepte. Je trie mes déchets sauf les épluchures, parce que le composteur sur le balcon ça attire les ours. Je prends certes des douches un peu longues, mais jamais de bains. En même temps en l’absence de baignoire, on appellerait plutôt ça un dégât des eaux. J’achète des fruits et légumes non bios que je mets dans un cabas réutilisable, générant moins de déchets qu’avec du bio dans son suremballage le protégeant des pets de mouche. Je conduis une voiture diesel mais je parcours moins de cinq milles kilomètres par an, elle est entretenue et d’une toute petite cylindrée. L’été, lorsque je veux doubler un véhicule, je dois couper la climatisation pour avoir assez de puissance. Mon logement est équipé d’une pompe à chaleur réversible. J’habite aux portes de la Provence, soit l’antichambre de l’Enfer, et pourtant je ne vais pas utiliser cet outil durant la saison estivale. A la base c’est parce que je n’ai pas les moyens de payer la facture d’électricité qui va avec… comme quoi être pauvre, ça rend écolo. Je n’ai pas acheté un vêtement neuf durant plus d’une année et cela va faire deux ans pour les chaussures. Je fais de mon mieux, j’essaye, je bidouille, je me renseigne, j’ai conscience de l’impact de mes actes, mais malgré tous mes efforts, perfection n’est pas mon deuxième prénom.

Chère planète, je me fais plus de souci pour nous que pour toi, parce que celle qui a le doigt sur le bouton qui pourrait lancer la procédure de «reset », c’est bien toi.

A bientôt, si tu le veux bien.

Crédit photo : DarkmoonArt_de sur Pixabay

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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