Lettre 006 : « Cher Hippocrate (2) »

Lettre 006

2 mai 2021

Cher Hippocrate,

Dans cette missive, tu vas découvrir le deuxième épisode de mon intoxication alimentaire, avec le rendez-vous chez un gastroentérologue qui s’est déroulé quelques jours avant celui de la prise de sang.

Il est de coutume de justifier les paroles répréhensibles de certains en les présentant comme possédant un humour particulier. Je dirai donc de ce gastroentérologue, qu’il avait un humour très particulier. Je suis ressortie de son cabinet en larmes… mais pas de joie.

Je lui ai présenté une lettre de mon médecin traitant décrivant mes symptômes et le traitement mis en place afin de me soigner. Celle-ci datant de presque trois mois en arrière, j’ai vainement tenté d’expliquer au spécialiste que mon état de santé évoluait favorablement. C’est limite s’il ne m’a pas poliment demandé de fermer ma gueule, me coupant sans cesse pour mettre mes symptômes sur le dos d’une grande émotivité. Ce qui a, évidemment, exacerbé cette dernière.

Durant vingt minutes, il a répété que je n’avais pas à m’inquiéter, que ce n’était rien de grave, juste du stress. Tout en rigolant, il m’a indiqué que je serai hospitalisée ultérieurement pour que l’on m’enfonce une caméra dans le gosier et une autre, ou peut-être la même, dans le fondement. Tout cela sous anesthésie générale pour mon plus grand confort. Il a même éclaté de rire en comparant cela à la révision d’une voiture. Lorsque j’ai rassemblé mon courage pour exiger d’être éveillée durant l’examen, j’ai, sans le vouloir, réveillé Hulk.

Sourcils froncés, ton sévère, il m’a alors proposé un deal, un toucher rectal et on oubliait la révision des vingt-mille. Je préfère largement devoir choisir entre manger une tartiflette ou une raclette. Mais bref, revenons-en à mon cul… Sans hésitation, j’ai accepté sa proposition. Après tout, ça ne devait pas être pire qu’un doigt de whisky. Ça brûle en passant mais ça ne dure que quelques secondes. Totalement novice dans la pratique, j’ignorais comment me placer sur la table d’examen. Le praticien s’est bien gardé de me guider, mais ne s’est pas gêné pour se moquer face à mes postures toutes plus incongrues les unes que les autres. A cet instant, je n’ai ressenti ni colère, ni haine, juste une immense humiliation et ma dignité mourir à petit feu. Soudainement, dans mon dos, j’ai entendu un murmure m’appeler par mon prénom, m’annonçant qu’il fallait que je réponde à une question douloureuse. Ça commençait à prendre des allures de cinquante nuances de crade. Au point où j’en étais… il pouvait bien remuer le couteau dans mon rectum, euh… dans la plaie.

« Votre mari vous trompe-t-il ? » Mon cerveau a disjoncté, cela arrive lorsqu’il ne réussit pas à gérer une situation émotionnellement difficile. C’est ainsi que j’ai déjà attrapé un fou rire à des obsèques. Ma réponse a fusé sans que j’y réfléchisse : « Non ! Enfin, vous pensez bien que si c’est le cas, il ne me le dit pas.» Il a ri et m’a enfoncé je ne sais quel doigt dans le siphon. J’ai prié un instant que ce ne soit pas l’annulaire, imagine s’il avait perdu son alliance. Puis, tout guilleret, il s’est exclamé qu’on allait programmer la révision. A cet instant, ma dignité a rendu son dernier souffle et ma confiance dans le corps médical a commencé à vaciller.

Je revois ce sourire qui ne quittera plus son visage, je m’entends lui demander ce qu’il note sur l’ordonnance, cette dernière étant emplie de sigles indéchiffrables pour le commun des mortels. Il m’a prescrit tout une batterie d’examens. Je lui ai demandé s’il avait une idée d’un diagnostic. Sans m’adresser un regard, il a répondu que ce n’était rien de grave, et pour la cinquantième fois a remis ça sur le compte du stress.

J’ai littéralement fui l’hôpital, courant à moitié dans les couloirs, pour m’écrouler quelques minutes plus tard au laboratoire, apprenant qu’il avait demandé une recherche du VIH.

Cher Hippocrate, je comprends que pour exercer dans le milieu médical il soit nécessaire de garder une certaine distance avec ses patients. Mais il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas seulement un corps doté d’une capacité de réflexion, nous sommes aussi et avant tout des êtres humains.

A la prochaine, pour un nouvel épisode.

Crédit photo : Foundry Co sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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