Lettre 007 : « Cher Gaston Lagaffe (1) »

Lettre 007

9 mai 2021

Cher Gaston Lagaffe,

Nous possédons deux points communs, une naïveté enfantine et une maladresse à toute épreuve. Cependant la différence entre nous, c’est que tu gardes toujours une certaine classe. Tu es passé maître dans l’art de la boulette.

Pour ma part, j’excelle avec nettement moins de panache, l’expression mettre les pieds dans le plat trouve tout son sens avec moi. On pourrait croire que je prends même un plaisir certain à sauter à pieds joints dedans, tel un enfant dans une flaque de boue, mais il n’en est rien. Je traîne ce fardeau comme Lucky Luke se farcit Rantanplan.

Lorsque j’étais animatrice, mes facéties avaient le don d’amuser les enfants. Le problème, c’est qu’il m’était difficile de hausser le ton envers un gamin un peu rêveur ayant renversé le pot de paillettes, alors que j’étais moi-même en train de balayer la boîte de perles dans laquelle je venais de mettre un coup de coude.

Je me souviens de cette fillette d’une dizaine d’années, qui après une chute dans la cour de récréation avait fini à l’hôpital pour une plaie au niveau du cuir chevelu. Le lendemain, j’étais de service à la cantine. Quand je suis arrivée au niveau de sa table, un de ses camarades m’a interpellée. Je me suis vivement retournée, administrant à la jeune blessée un grand coup de plateau dans le crâne. Heureusement qu’ils ne recollent pas les plaies avec du stick UHU, sinon il y aurait eu de l’ambiance entre le fromage et les fruits au sirop.

Mais être maladroite, c’est plus difficile à vivre auprès d’un public adulte. Ce dernier se montrant souvent moins patient, moins indulgent, plus prompt à balancer une vanne qu’à proposer son aide. Si vous souhaitez m’inviter à un repas, ne sortez surtout pas la nappe en flanelle qui est dans la famille depuis six générations, mais plutôt celle en papier de chez « Trois francs six sous ». Parce qu’il y a forcément un moment où je vais la tâcher. Ma hantise, c’est lorsque l’on me sert des queues de langouste à l’armoricaine. Je me décompose littéralement devant ce plat. Il faut dire que je n’aime pas vraiment ça, mais surtout, vous pouvez être certains que ma place va finir dans le même état que celle de papi Parkinson.

Cher Gaston, lorsque tu gaffes, tu n’as jamais l’air mal à l’aise. Soit tu fais preuve d’un sang-froid reptilien, soit tu possèdes plus de flegme qu’un Anglais. En ce qui me concerne, lorsque je prends conscience de ma bourde, je deviens rouge pivoine, je bégaye des excuses et tente de minimiser l’étendue des dégâts. Comme tu dois t’en douter, j’empire royalement la situation. Au fond du trou et creuse encore, telle est ma devise. Cela me rappelle la fois où j’ai croisé une vieille connaissance au supermarché, entre la semoule et les coquillettes.

J’ai une mémoire d’éléphant, ce qui est généralement bien pratique dans ce cas de figure. Sauf que si on ne met pas à jour ma base de données, je cours forcément à l’échec. C’est ainsi qu’après avoir demandé à ce vieux copain d’école comment se portait son épouse, j’appris que celle-ci s’était fait la belle à l’autre bout du monde six mois auparavant, avec le patron de ce dernier. De ce fait, il se retrouvait divorcé, sans emploi et ne voyant ses enfants que deux fois par an. Cependant, dans un sursaut de bêtise, je me suis souvenue qu’il partageait avec son frère, depuis leur enfance, une passion pour la course automobile. J’ai donc rebondi sur le fait que dans son malheur, ça lui permettrait de resserrer les liens fraternels et de renouer avec son engouement pour l’automobile. Sauf que j’ignorai totalement que la semaine d’avant, son frangin s’était encastré à grande vitesse dans un platane. J’ai failli crier au voleur afin de détourner l’attention et avoir ainsi l’occasion de fuir ce moment si embarrassant.

Cher Gaston, si certains préfèrent voir le verre à moitié plein, je pense que tu seras d’accord avec moi pour dire que pour nous, c’est mieux lorsqu’il est à moitié vide. En cas d’accident, ça fera toujours moins de liquide à éponger.

Fais gaffe ! Enfin non ! Enfin si, mais gaffe pas ! Bref…

Crédit photo : Steve Buissinne sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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