Cher Hippocrate (3)

Lettre 014

27 juin 2021

Cher Hippocrate,

Je sais que tu attends avec impatience le prochain épisode sur mon intoxication alimentaire. Cela sera pour la rentrée, je ménage le suspense. Aujourd’hui je veux te parler d’un sujet de plus en plus controversé, le dépistage du cancer du sein chez les femmes âgées de moins de cinquante ans.

On propose systématiquement à celles ayant des antécédents familiaux de cette maladie un dépistage à partir de l’âge de trente-cinq ans. Pour les autres, on célèbre chaque année octobre rose afin de les inciter à se surveiller et pour sensibiliser les hommes à cette cause. Je participe à ma petite échelle à cette opération car elle me tient très à cœur.  

Sauf que cette année, douleur dans un sein, antécédents familiaux. BINGO ! Mammographie de contrôle prescrite. Heureusement les résultats sont bons. Mais cher Hippocrate, je ne peux me taire sur l’envers du décor et ce que j’ai découvert à cette occasion.

Pour commencer, une très agréable (sic) secrétaire médicale a refusé de me donner un rendez-vous car je cite : « Vous êtes trop jeune ». Lorsque j’ai répondu que je n’avais pas envie de mourir d’un cancer à trente ans, parce que malheureusement cela arrive, elle a ricané la grognasse. Je me suis donc rendue dans un centre spécialisé à une heure de chez moi. Un mois d’attente… j’ai tellement eu le temps d’envisager le pire scénario possible que j’ai passé les trois derniers jours dans un état d’angoisse absolue. Une fois sur place on m’a refusé la mammographie sous le prétexte de mon âge, mais l’échographe a réussi à me mettre en confiance.

Cependant face au premier refus, j’ai décidé de faire des recherches. J’avais déjà eu des échos comme quoi l’opération octobre rose était en réalité néfaste. Une mammographie tous les deux ans c’est dangereux à cause des rayons X. Pour avoir déjà discuté de ce sujet en service de radiologie, l’homme qui valait trois dinars étant très photogénique de l’intérieur, cet argument ne me convainc pas. J’ai poussé plus en avant et mis le doigt sur une raison qui me dérange. (Je n’aborderai pas l’aspect financier de la récolte de dons qui fait aussi beaucoup jaser.)

Il s’avère qu’avec le dépistage précoce on ne sauve qu’une femme sur deux mille, on en traite sans raison environ une vingtaine et près de deux cents se retrouvent en détresse psychologique. Alors sur le principe je suis d’accord qu’il y a un problème de diagnostic et de suivi qu’il faut clairement régler. Mais pour autant faut-il supprimer ce programme, ne serait-il pas plus intelligent de le faire évoluer. Je n’ai pas poussé le vice à chercher combien de Françaises sont âgées de trente-cinq à quarante-neuf ans, même si j’aimerais savoir à combien revient le ratio d’une femme sur deux mille.

Ainsi dans quelques années, le dépistage précoce ne devrait plus être la norme. Ca a d’ailleurs commencé puisqu’on a repoussé mon prochain examen à dans sept ans au lieu de trois. La nuance parait infime mais en quatre ans il peut se passer tellement de choses.

Cher Hippocrate, si ma mère n’avait pas bénéficié de ce dispositif il y a une quinzaine d’années, ma nièce, qui a vu le jour il y a peu, n’aurait pas connu sa grand-mère maternelle. Alors je suis d’accord qu’il faut changer les choses mais que je sache cet examen n’est nullement obligatoire. Rien ne force une femme à consulter un médecin. Cela reste une décision personnelle et justement ce qui me révolte c’est que l’on est en train de nous enlever la possibilité de choisir, de savoir si l’on est cette femme sur deux mille. Cela remet en question l’accès aux soins pour toutes et tous. Ainsi cette année, encore plus qu’avant, tu me verras me battre pour mes droits en octobre. J’estime que cette femme qu’elle soit mère, fille, épouse, tante, sœur, amie, collègue de travail ou parfaite inconnue, mérite autant qu’une autre de vivre.

Cher Hippocrate, lorsque j’étais enfant, à l’école j’ai appris une chanson qui disait que mon corps m’appartient. Alors j’estime que personne ne devrait avoir le pouvoir de décider à ma place ce que je veux en faire.

Passe de bonnes vacances !

Crédit photo :  marijana1 sur Pixabay. 

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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