« Les Enfants de Darwin » (1/4)

Pour ma participation au 1er concours de nouvelles organisé par l’Association du Festival du Livre de Pont-Saint-Esprit et du Gard Rhodanien et l’Association les Amis du Chant de la terre, dans le cadre du 3ème Festival du Livre de Pont-Saint-Esprit et du Gard Rhodanien (30), sur le thème « Rêve(s) de demain », j’ai choisi de présenter une grosse nouvelle. Je vous la livre comme écrite à l’époque, avec une mise en page volontairement aérée et un découpage en quatre épisodes afin de rendre votre lecture la plus confortable possible.

La Terre est tel un phénix, unique, magnifique, précieuse. Depuis sa création, elle a toujours su se régénérer face aux catastrophes qu’elle a dû subir. Aujourd’hui, elle souffre plus que jamais, elle est gangrenée par une multitude de petits parasites, qui depuis des millions d’années grouillent à sa surface. N’ayant que peu de respect pour celle qui les accueille et saigne en silence, pendant qu’ils la ponctionnent encore et toujours, sans relâche. Il est venu l’heure d’arrêter tout ça. De mettre un terme aux souffrances de notre mère, d’éliminer la vermine qui grouille en son sein. Pour cela, il n’y a qu’une solution. Pour renaître, le phénix doit d’abord mourir…

***

« Il y a 75 ans, notre monde a subi la plus grande abomination qui soit. Une organisation terroriste ultra écologiste se nommant Les Serviteurs De Gaïa a commis le plus grand attentat de tous les temps. Revendiquant que l’humanité était perdue et qu’elle ne pouvait par ses actions que continuer à mettre la planète Terre en péril, celle-ci devait donc disparaître. Durant plusieurs décennies, les membres de cette organisation trouvèrent le moyen d’accéder aux plus hautes sphères politiques sur tous les continents. Leur patience et leur discrétion furent leurs meilleures armes pour tromper notre vigilance. Certains membres, des agents doubles, furent impliqués dans les attentats d’autres organisations terroristes afin de détourner l’attention, ce qui, nous le savons à présent, fonctionna au-delà de leurs espérances. C’est ainsi que vint ce terrible jour, dont je vous le rappelle, il est strictement interdit de commémorer la date, afin de ne pas donner d’importance à ces êtres abjects. Ces hommes et ces femmes ont déclenché simultanément une série d’attaques contre des centrales nucléaires, partout dans le monde. Le coup de grâce fut donné quand cinq bombes atomiques furent lancées sur chaque continent, sur les cinq mégalopoles. Cet attentat causa la perte d’un huitième de la population, soit un milliard d’êtres humains. Vous entendez bien UN MILLIARD de MORTS en une SEULE journée. Le lendem… » 

Madame Helsol, professeure d’histoire, barbante au possible. Je regarde les quatorze autres élèves de la classe et m’aperçois que je ne suis pas la seule à être au bord de l’endormissement. Il faut dire que ces évènements et ceux qui ont suivi, nous les connaissons par cœur. Ils nous sont enseignés à l’école dès l’âge de sept ans, alors à dix-huit ans, il n’y a plus rien d’inédit. On sait que le lendemain de ce fameux jour, ce fut le chaos sur Terre et que les Etats du monde entier mirent près de vingt ans à trouver une politique commune et sécuritaire, l’Etat Unifié. D’après moi, une dictature. On sait aussi qu’au bout d’une année, la moitié de la population mondiale avait disparu des suites du syndrome d’irradiation aigüe. Et on sait aussi que depuis ce jour terrible, l’humanité décline à grande vitesse. D’après plusieurs experts, notre espèce est vouée à disparaître.

La plupart des jeunes arrêtent leurs études à quatorze ans, qui est l’âge légal. Certains, comme moi, continuent leur scolarité en faisant des études supérieures. J’ai choisi de devenir rédactrice en histoire moderne, afin de rédiger des ouvrages sur l’histoire de l’Homme, de quelques siècles en arrière à nos jours. Seulement, j’étais loin d’imaginer que l’histoire apprise à l’école ne porterait que sur le siècle passé et le siècle en cours. Quel est l’intérêt d’apprendre ce que l’on sait déjà ?! Pour moi aucun ! Heureusement, avec l’aide de mon père, je trouve des livres bien plus intéressants dans les décharges à ordures. De plus, une fois lus, ils servent de combustible pour le poêle. C’est malheureux de réserver un tel sort à des livres, mais mes parents estiment que c’est une économie en combustible non négligeable et comme j’ai une excellente mémoire, cela ne sert à rien de garder des ouvrages dont je connais intégralement le contenu.

« MADEMOISELLE TILLIAC ! » 

Je sursaute si violemment que tout ce qui se trouve sur mon bureau finit au sol.

« Oui madame ?

– Mon cours vous ennuie-t-il ? »

Pourquoi faut-il qu’elle me pose une telle question. Je ne sais pas mentir. C’est plus fort que moi. J’ai l’impression de commettre une grave erreur et de faire du mal. Je dois dire la vérité, même si elle est difficile à entendre. Je n’ai pas besoin de regarder autour de moi pour savoir que la plupart de mes copains de classe retiennent leur souffle, que Jérémy a un sourire aux lèvres, que Marianna va saigner du nez dans moins de trente-cinq secondes et que madame Helsol est folle de rage. Tout ça, je le sais, sans le savoir, en fait je le ressens. Je ne peux m’empêcher de lui répondre la vérité :

« Oui madame.

– Quoiiiiiiiii ? Comment osez-vous ? Tous ces gens sont morts et ça ne vous touche pas ? N’avez-vous donc aucun cœur ! Seriez-vous de la même veine que ces terroristes ??? »

Elle prononce tous les « i » avec un accent suraigu qui me vrille les oreilles. Marianna saigne du nez, Jérémy est hilare, Loucas serre les poings. Moi, je ne m’énerve pas, comme d’habitude, pas que ses propos n’aient pas fait mouche, mais je ne ressens pas le besoin de lui hurler dessus. Par contre, je me lève et j’agis d’une façon qui à coup sûr m’apportera des ennuis. Je saisis un mouchoir dans mon sac et le tends à Marianna dont le bureau est juste derrière le mien. Tout en faisant ça, je commence à répondre à ma professeure :

« Oui, j’ose madame ! » 

Ma voix est assurée et forte. Je me retourne et lui fais face :

« Que tous ces pauvres gens soient morts, cela me touche madame. Mais pas votre discours appris par cœur dans le manuel du parfait petit professeur. Je suis bien plus touchée par ce même discours quand il est raconté avec moult émotions par une personne mourante que j’accompagne lors de mes horaires de bénévolat au sein des divers services de soins palliatifs dans les trois hôpitaux de la ville. Alors oui, j’ai un cœur, sinon je n’aurais pas ce genre d’activité. »

Tout en parlant, j’ai marché d’un pas assuré et à présent nos visages se touchent presque. Nos regards fusionnent. Je vais pour porter l’estocade, lorsqu’il se passe quelque chose. Un sentiment étrange s’empare de moi, comme si le temps ralentissait à l’infini. C’est alors que je ressens toutes les énergies qui m’entourent. La fureur de madame Helsol, la colère de Loucas, le plaisir mesquin de Jérémy, la panique de Marianna et cette autre énergie qui vient d’ailleurs. Qui entoure toute chose, qui est là et qui interfère avec toutes les autres. Je ne sais pas d’où elle provient, j’ai l’impression de la voir, de l’entendre murmurer au creux de mon oreille. Puis comme cette sensation étrange est venue, elle repart. Je fais un bon en arrière, moins d’une seconde avant que la main de ma professeure ne se lève et ne tente d’atteindre mon visage. Eléonora Helsol s’effondre sur le bureau d’une élève plus que stupéfaite. J’ai le souffle court. Une voix masculine s’élève :

« Comment t’as fait ça ? »

Je ramasse mes affaires et les fourre dans mon sac sans ménagement. Je prends ma veste et pars en courant. Je quitte l’enceinte de l’école, je ne m’arrête pas de courir. C’est alors que je la sens affluer dans mes jambes, cette fameuse énergie. Et pour la première fois de ma vie, je sais d’où elle vient. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle émane du sol. Du sol… du parterre… de la Terre ? Que m’arrive-t-il ?

***

A suivre…

Crédit photo : beate bachmann sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

6 commentaires sur « « Les Enfants de Darwin » (1/4) »

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