« Les Enfants de Darwin » (3/4)

Suite… ( Les deux premiers épisodes sont disponibles dans la catégorie « Nouvelles, poèmes et fantaisies ». )

Cela dura ainsi des heures, les réponses succédant aux questions. Oui, j’ai toujours eu un comportement différent, peu sociable, attirée par la nature et les animaux. Empathique, capable d’établir un fort lien émotionnel avec mon prochain. Capable de me montrer très intéressée par le sort des autres comme très solitaire par moment. Oui, je ressens des vagues d’énergie, je pressens les évènements quelques secondes avant qu’ils ne se produisent. Oui, j’ai de l’espoir.

« Lila, ton corps ne craint pas, contrairement à celui des autres, d’être irradié. Tu peux manger, boire, respirer sans que cela détruise ton corps à petit feu. De ce qui devait tous nous anéantir, les gens comme toi en ont fait une force. »

A minuit, nous étions autour d’un thé à parler encore et toujours, tout semblait limpide. Mes parents énuméraient tous les moments de ma vie où une chose leur avait paru étrange. Je fus réellement étonnée du nombre d’occasions qu’ils citèrent et en même temps je ne pus qu’approuver leurs dires. J’étais différente, mais nous nous l’étions caché durant toutes ces années. La peur sans doute.

Joan reposa sa tasse, fit claquer sa langue, soupira et nous annonça sans détour :

« Il y a cependant des contraintes à posséder une telle mutation. Deux personnes possédant un génome dit normal peuvent selon leur degré d’irradiation donner naissance à un enfant dit mutant. Comme c’est le cas pour toi Lila. Deux personnes dites mutantes ne peuvent donner naissance qu’à un enfant dit mutant. Par contre aucun enfant viable n’est jamais né de l’union d’une personne normale et d’un mutant. Cela limite le nombre de prétendants dans ton cas. »

Ma mère prit timidement la parole.

« Cela veut dire qu’à long terme, il n’y aura plus que des… euh… mutants ?

– Tout à fait ! Mais ce que vous appelez du long terme a été estimé à cinquante ans.

– Foutaises ! Encore faudrait-il qu’il y ait des naissances. Je vous rappelle qu’il n’y en a plus eu depuis 3 ans.

– Pas tout à fait Paul. Il y en a eu très exactement 2558, dont une hier. Je vous laisse deviner de quel type sont les nouveau-nés.

– Putain de merde ! C’est parfaitement incroyable ! Et vous garantissez que personne ne fait d’expériences sur eux ? J’ai du mal à vous croire.

– Je voudrais pouvoir vous le prouver, mais croyez-moi, il y a eu un grand nombre de tentatives et toutes furent des échecs. Les Enfants de Darwin ont un système de défense très évolué. Simplement, par la pensée, ils peuvent influencer vos sentiments et ils sont capables de rendre la personne la plus innocente en véritable tueur en série et inversement. Cependant, ils n’ont pas un système de pensée négatif et agressif, au contraire ils sont totalement pacifiques et ne feront que se défendre. Après, n’allez pas imaginer qu’ils sont identiques, chacun a son caractère et ses propres idées, parfois bien arrêtées. Cela n’empêche pas que seul l’intérêt de tous ou du plus grand nombre compte chez eux et qu’ils sont capables de l’abnégation la plus totale quand il le faut. Ce qui met bien en lumière que leur société est une évolution par rapport à la nôtre.

– J’aimerais bien vous croire sur parole, mais il s’agit de ma fille, pas de celle du voisin.

– Tu peux le croire papa. Il sait de quoi il parle. Il est comme moi ! »

Maman hoqueta de surprise. Joan eut un large sourire.

« Ah enfin ! Je me demandais à quel moment tu le comprendrais ou tu le ressentirais devrais-je dire.

– Je crois bien que je l’ai su dès que vous m’avez serré la main.

– Je n’en doute pas. Si j’ai la confiance de votre fille, puis-je espérer avoir la vôtre ? Il se fait tard, je vais rentrer dormir, je vous contacte demain pour que l’on convienne d’un rendez-vous ici même. Je vais apprendre à votre fille et à vous-même si vous le souhaitez, tout ce que je sais sur nous. »

Une fois sur le seuil, papa posa à notre nouvel ami une dernière question :

« Au fait, pourquoi les chromosomes de Darwin ? »

Ce à quoi Joan répondit par une question à mon intention :

« A ton avis Lila ?

– Parce que d’après la théorie de l’évolution des espèces de Charles Darwin, soit une espèce s’adapte aux changements de son environnement, soit elle disparaît.

– Tout à fait ! Nous sommes l’évolution de l’être humain, Les Serviteurs De Gaïa ont échoué à la destruction de notre espèce, au contraire, ils l’ont encouragée à évoluer. »

***

A partir de ce jour, ma vie et celle des membres de ma famille prirent un tournant radical. Joan devint mon mentor et m’aida à décupler mes capacités. J’appris à apprivoiser les flux d’énergie terrestre, à interférer avec ceux de tout être et de toute chose. Nous habitions en périphérie de la ville et avions la chance de nous trouver près d’une petite forêt. Plus je décuplais mes capacités et plus les animaux approchaient de notre domicile. Une nuit d’été, mon père fut réveillé par un bruit provenant de la cuisine. Il se retrouva nez à nez avec un animal totalement inconnu, qui déguerpit par la fenêtre de la cuisine sans demander son reste. Après plusieurs heures de recherches dans des livres, nous avons appris qu’il s’agissait d’un raton laveur. Nous n’en avions jamais vu.

Joan me présenta à d’autres Enfants de Darwin, ce fut une révélation. Je me fis enfin des amis et tombai même amoureuse. Ma dix-huitième année fut une véritable renaissance, j’étais épanouie. Les gens le ressentaient et cela les rendait eux aussi heureux. Il n’y avait jamais eu autour de moi autant de personnes avec le sourire, il n’y avait plus de plaintes, de morosité, de résignation. Je voulais changer le monde, autant qu’il m’avait changé. Après tout, j’étais capable de tellement de choses. Mon frère me prit pour un superhéros et m’abreuva de dessins de costumes, me disant que quand sa tirelire serait pleine il demanderait à madame Marisol de m’en coudre un.

Au bout de deux ans, Joan et mes parents tinrent une réunion durant mes heures de cours. J’avais totalement changé d’orientation, plus question d’écrire le passé, il fallait inventer l’avenir. Si nous ne pouvions rien à hier, nous pouvions faire demain. Quand je suis rentrée, ils étaient tous les trois assis à la table du salon, on se serait crus revenus deux ans en arrière. Maman entama la discussion, d’un air faussement enjoué :

« Viens t’asseoir ma chérie, je vais te servir un bon chocolat. »

Elle disparut dans la cuisine et revint presque immédiatement avec une grosse tasse de chocolat chaud bien amer, mon préféré.

Joan, dont j’étais devenue très proche, prit la parole :

« Lila, tu as énormément évolué durant ces deux années et acquis une grande maturité pour ton âge. Tu as des amis, un petit ami même. »

Bien que ce ne fût pas un secret, je sentis mon visage s’embraser, ce qui eut pour effet de faire détourner le regard à mon père et apparaître un sourire entendu sur les lèvres de ma mère.

« Tu es heureuse, tu respires la joie de vivre et grâce à ta capacité à interagir avec les émotions des gens qui t’entourent, tu as su transmettre ces ondes positives à ton entourage. Je t’en félicite ! Mais… Comment te dire ça ? Il y a la vie au sein du cocon familial, dans ta ville. Il y a le monde aussi. »

Joan était mal à l’aise, je ne l’avais jamais vu dans un tel état. Cela me perturbait, mais encore plus le fait que mes parents n’interviennent pas. Comme s’ils n’étaient pas là. Je n’écoutais plus, alors même que mon avenir se jouait.

A suivre…

Crédit photo : beate bachmann sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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