Lettre 010 – Cher Père Fouettard

Lettre 010

15 novembre 2020

Cher Père Fouettard,

Crois-tu que ton confrère le Père Noël, pourrait envoyer un lutin au gouvernement pour leur demander de fixer la date des fêtes de fin d’année. Parce que je voudrais commander ma tenue, mais si c’est le 25 juin, je risque d’avoir chaud avec mes collants en laine et ma robe en pilou-pilou.

Tu ne les vois pas les gens dans les starting block ? Au taquet pour prendre leur billet de train, afin d’aller voir la grand-mère qu’ils n’appellent pas le reste de l’année. En même temps, je peux comprendre, avec la Covid c’est l’occasion d’en finir avec la vioque et d’enfin toucher l’héritage. Ohhhhh, ne prends pas cet air outré ! Noël, c’est bien la fête des faux culs. On s’adore, on est une famille, on se crée des souvenirs. Tu parles ! On a qu’une hâte, enfin en finir. La preuve en est, le réveillon du jour de l’an entre amis est toujours bien plus joyeux.

Dès que je tends l’oreille, j’entends parler de la tristesse que c’est de confiner nos anciens en EHPAD, mais en temps normal, jamais personne ne refuse une raclette pour aller voir ses ancêtres. Nous ne méritons pas Noël et peut-être que 2020, c’est le karma qui nous met une grande claque dans la gueule.

Il faut dire que nous sommes formatés depuis petits. Déjà lorsque enfants, nous écrivons au Père Noël pour lui confirmer que nous avons été bien sages, nous nous entrainons au mensonge et assassinons l’humilité.

Cher Père Fouettard, je devais t’écrire sur un thème bien précis, mais j’ai dû me censurer. Ça me met dans une colère noire. Je me sens bâillonnée par des gens qui n’ont pas plus d’humour qu’une professeure de mathématiques.

Mais qu’elle est laborieuse à écrire cette lettre. Trois fois que je la recommence et L’homme qui valait trois dinars a une question à me poser toutes les deux minutes. Alors que je déteste que l’on m’interrompe lorsque j’écris. Mais à sa décharge, il possède la mémoire de Dory après trois avc, là où je suis dotée de celle d’un mammouth. Tout de même, j’hésite à l’assommer avec l’ordinateur portable. Mais ce dernier n’y est pour rien, le pauvre.

Ce soir, tout ça n’a ni queue ni tête, mais il fallait bien que je t’écrive à toi aussi. Après tout, si ta légende n’est toujours pas tombée dans les limbes, c’est bien la preuve que nous ne cessons d’être méchants.

Cher Père Fouettard, mon rêve c’est de te voir errer dans les couloirs de Pôle Emploi. Et pour te désespérer de passer dans mon foyer, sache que de ton charbon, moi, j’en ferai des diamants.

Je te crache à la gueule !

A pas tout bientôt du tout.

Crédit photo : Jill Wellington sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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