Lettre 014 : Cher Rudolphe

Lettre 014

24 novembre 2020

Cher Rudolphe,

Dans un mois, c’est le grand soir ! J’imagine que les lutins s’activent pour qu’avec tes compagnons, vous soyez fin prêts pour le réveillon. Cirage des bois, lustrage du pelage, polissage des sabots, bref révision des vingt mille. Sans oublier, pour toi évidemment, la vérification du fonctionnement de l’ampoule de nez. Est-ce vrai que celle-ci grille lorsque tu éternues ?

Cher guide des rennes, ne te vexe pas mais il y a eu plus extraordinaire que le traineau que tu mènes. Tu n’as pas connu la Super cinq, trois portes, de mon père ! La Bumblebee lowcost ! Pour passer la cinquième, il fallait pousser le levier de vitesse sous les jambes du passager avant. Je suis certaine que le vendeur a donné de l’argent à mon paternel pour qu’il l’en débarrasse.

Un jour, à l’époque où grands inconscients nous roulions à 90 km/h, j’ai été grandement étonnée par la puissance de la climatisation de cette auto. Que nenni de clim ! Le hayon s’était ouvert en pleine ligne droite sur la nationale. Ma sœur, Marine, faisant office de manche à air, se cramponnant de tous ses ongles à la ceinture de sécurité. Lorsque mon père a voulu rétrograder, le pommeau du levier de vitesse lui est resté dans les mains. Dans la panique, le rétroviseur intérieur a dégringolé et un cache plastique m’a mis une gifle. C’était Fast & Furious chez les Bodins ! Sache que ma mère ne doit jamais rien savoir. Ce qui se passe avec mon père reste… entre le Père Noël et nous.

Mais cher Rudolphe, si à l’évocation de Noël je pense à cette automobile, c’est parce que grâce à elle, je garde un souvenir mémorable d’un retour de réveillon. Mon papé Damien habitait à six cents mètres de chez nous, en bas de la colline. Une portion de cette route est pentue à 20%. Je ne l’invente pas, c’est d’ailleurs son surnom. Après avoir bien festoyé chez mon grand-père, nous voici à nous entasser à cinq dans la Super Cinq. Le paternel démarre, active le starter (que les moins de vingt ans…), et en voiture Simone, c’est parti mon kiki. Mais nous sommes en hiver et les courants d’air sont traitres. C’est ainsi que la voiture est prise d’une violente quinte de toux et cale dans la partie la plus raide de la montée. Coralie se met à pleurer, Marine à hurler qu’elle veut sortir, ma mère saute de la voiture, mon père tire le frein à main, garde un pied sur la pédale de frein, enquille une vitesse et hésite à me demander de glisser une grosse pierre sous une roue.

Nous voici donc le 24 décembre, de nuit, sur la route, ma mère hurlant, mes sœurs pleurant, mon père confiant ou inconscient (on ne sait jamais trop avec lui) et moi… des victuailles jusqu’au cerveau… en admiration devant la K2000 des Tuche. C’est alors, qu’après avoir vainement tenté de verrouiller au plancher le siège avant, j’ai pris place auprès de mon père. Ce dernier réussissant à démarrer la voiture, nous avons pu rejoindre le reste de la famille, chez nous, trois cents mètres plus loin.

Cher Rudolphe, aujourd’hui il y a prescription, je te dois donc la vérité. Ce soir-là, de ma part nulle charité chrétienne, nul esprit de Noël, nul courage. J’avais tout bonnement trop mangé et je suis sportive comme une grasse matinée du dimanche. Bref, j’avais la flemme !

Des caresses pour les rennes et des baisers pour tous les autres !

A dans un mois !

Crédit photo : Gerald Lang sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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