Lettre 020 : Cher Saint Nicolas

Lettre 20

06 décembre 2020

Cher Saint Nicolas,

Il me semble logique qu’en ce jour où l’on te célèbre cela soit à toi que j’adresse ma correspondance. De plus, il s’en est fallu d’une saucisse et de deux boulettes pour que l’on porte le même prénom. Dire qu’à une part de couscous près, tous les 6 décembre auraient été un véritable calvaire pour moi.

J’imagine que tu as distribué tellement de Nintendo Switch, que ce soir tu parles couramment le japonais. Chez nous, ton illustre collègue, il y a déjà quelques années, a apporté un présent de chez la concurrence. La fameuse Playstation 1 et son inimitable jingle de démarrage, au moins aussi connu que les sons émis lors de la connexion à internet d’un modem en 56K.

Avec les frangines, nous n’avons pas bien compris quelles bêtises avaient pu passer à l’as pour que nous soyons gâtées de la sorte. Il m’aura fallu vingt et un ans pour me rendre compte que le Père Noël nous félicitait pour notre courage après la maladie et le départ de notre grand-mère. Un de mes derniers souvenirs de préparatifs de Noël avec elle, c’est l’achat de noix et de clémentines. Je continue à en manger, mais les noix n’ont plus de goût et les clémentines me donnent la cagagne. Bref, changeons de sujet ! Parce qu’entre le Téléthon ce week-end, et cette année où l’on se fait farcir comme un dindon, si ça continue on va remplacer les treize desserts par du Prozac, du Xanax et du Lexomil. Rajoutons à ça un sixième trou normand et cela risque d’être difficile d’atteindre 2021.

Mais revenons-en à nos pixels ! Ton confrère n’ignorait rien de nos âneries, preuve en est, la console a été livrée avec les 10 commandements, dont le terrible « Tu apprendras par cœur les verbes irréguliers anglais ». Lorsque j’ai sorti à mes parents que la conjugaison du verbe couper était cut, cut, codec, j’ai été privée de jeux vidéo durant un mois. Pour cadette, plus jeune, le plus dur fut « Tu liras un livre en entier. » Mais comme elle a le démon chevillé au corps, elle a simplement lu le premier et le dernier chapitre et vas-y je t’enrhume.

Mes parents, voulant garder un œil sur leur charmante progéniture, ont décrété que nous devions jouer dans le salon. Mais la distance entre la télévision 160 pouces de profondeur et le canapé était telle, qu’il fallait positionner la Playstation sur la table basse, câbles tendus de la tv à la console et de la console aux manettes. Tout était parfait, jusqu’au jour où benjamine a enfreint le commandement « Tu ne courras point dans la maison. » Du bas de ces 4 ans, elle a fait un véritable strike, tout a décollé, la Play, les manettes, la benjamine ! L’envolée sauvage ! Un plongeon tête la première droit dans le mur. C’était très artistique ! Benjamine s’est mise à hurler après sa tête, cadette et moi après la Playstation, ma mère après la chair de sa chair, cette dernière ignorant à l’époque que dans la vie l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

Cher Saint-Nicolas, il existe encore moins fiable que la justice française… celle des parents. Nous voici donc cadette et moi jugées coupables et privées de jeux vidéo jusqu’à nouvel ordre. J’ai objecté que l’installation avait été réalisée d’après une idée parentale, et que si la benjamine courait droit vers un mur sans porte c’était bien la preuve que le sien de câblage laissait quelque peu à désirer. J’ai cru finir avec croix, rond, triangle, carré, de tatoués sur la joie.

Vingt ans après, nous possédons toujours cette relique et elle fonctionne encore. (Ca s’applique aussi pour la benjamine.) En ce qui concerne les milliers de consoles que tu as distribué aujourd’hui, j’ai comme dans l’idée qu’au premier vol plané, beaucoup d’enfants se retrouveront avec une maquette à l’échelle 1. Tu peux me traiter de réac, mais j’affirme haut et fort que c’était mieux avant. En tout cas, les noix et les clémentines étaient bien meilleures.

La bise !

A l’année prochaine !

Crédit photo : lafynfyx sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

2 commentaires sur « Lettre 020 : Cher Saint Nicolas »

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