Lettre 006 : Cher Rudolph

Lettre 006

5 décembre 2021

Cher Rudolph,

Je m’adresse directement à toi car je sais que tu liras cette missive à tes partenaires. Puis c’est plus simple que d’écrire cher Tonnerre, cher Eclair, cher Fringuant… parce qu’on est sur un bon gros civet là. Bref, je pense que tes compagnons n’en feront pas tout un plat. D’ailleurs en parlant gastronomie, suite à ma dernière lettre je ne compte plus les invitations à déguster un cassoulet pour les fêtes de fin d’année. Il va falloir y aller mollo sur le fayot, sinon y’a la taupe au guichet qui va entonner vive le vent d’hiver. Je peux te certifier que ce coup-ci les Alpes n’arrêteront pas le nuage…

Cher guide du traîneau, je t’écris effectivement pour discuter transit mais pas du mien. Non, je veux te parler de celui des colis, parce que si tu réussis à distribuer des millions de paquets en vingt-quatre heures, il y a bon nombre de sociétés qui devraient prendre exemple sur toi. Tu ne voudrais pas leur donner une leçon ? (Dans tous les sens du terme si tu le désires.)

Parce qu’après avoir reçu un téléphone portable ayant fait office de ballon de rugby lors du dernier match avec les Blacks, je peux te dire qu’on était plus sur une compote pomme-kiwi que sur de l’Apple. Puis, si ton colis a le malheur de ne jamais arriver, c’est qu’il s’est fait la malle tout seul, puisque : « chez nous, Meuhdame, rien ne se perd ». Quelle sotte ! Cela semble pourtant évident que mon coffret DVD de la série « Game of Thrones » a trouvé la Provence surfaite, décidant de ce fait de mettre les voiles vers le nord afin de faire du snow avec Jon.

Cher renne au nez rouge (comme Georges Clownnez), il y a urgence. Tu dois intervenir ! Surtout qu’après les péripéties de cette semaine, je n’ose plus commander quoi que ce soit. Laisse-moi te raconter. Lundi matin, le livreur sans sa femme, ni le petit prince, est venu chez moi pour me livrer une pince. Ben quoi ? En 2021 les femmes bricolent, non mais ho, ho, ho ! Bref, j’ai ressenti une furieuse impression de déjà-vu qui ne m’a pas quittée de la journée. Le soir venu, j’ai bondi du canapé lorsque j’ai reconnu la ganache du livreur dans une rediffusion de « Faites entrer l’accusé ».

Mercredi matin, rebelote, avec une sacrée boule au ventre et une certaine appréhension de voir le GIGN débouler en même temps que ma commande. Le livreur me tend le paquet, s’excusant de n’avoir pu l’acheminer dans les délais à cause du manque de personnel. Ce à quoi j’ai répondu que pourtant à trois dans une cellule de neuf mètres carrés, ça devait zouker collé-serré. Que veux-tu Rudolph, je ne mets pas les pieds dans le plat, je saute carrément dedans à pieds joints. Je suis même triple championne olympique de cette discipline, c’est dire.

J’entends déjà l’ayatollah Faitescequejedispascequejefais s’insurger que je ne consomme pas que des produits locaux. Je n’ai qu’une chose à répondre, quand on habite au bord de la pizza, on mange plus de croûte que de garniture. Ce n’est donc pas parce que l’on réside à la campagne, qu’il ne faut pas vivre avec son taon, même si parfois ça pique. Je tiens à rappeler que mon village est équipé de l’eau potable, du tout-à-l’égout, de la 4G et de l’électricité, le tout par alternance. Alors oui, j’avoue que lorsque c’est trop pour moi…  enfin pas assez… bref tu me comprends, il arrive que dans le coin le lama zone.

Cher Rudolph, cette nuit j’ai fait un horrible cauchemar, le Père Noël n’assurait pas correctement sa tournée car il en avait ras-le-saladier (il en avait vraiment gros) d’être rémunéré en verres de lait et en sablés trop cuits. Les enfants du monde entier perdaient leur innocence pour se transformer en des adultes aigris. Heureusement que je ne fais pas de rêves prémonitoires… enfin…

Des caresses sur ton soyeux pelage.

A dans quelques temps.

Mél.

Crédit photo : Jill Wellington sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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