Lettre 009 : Cher Père Noël

Lettre 009

26 décembre 2021

Cher Père Noël,

Tout le monde s’attend à la traditionnelle lettre où je te remercie pour ce merveilleux Noël digne d’un téléfilm dégoulinant de bons sentiments. Sauf qu’il va falloir patienter encore un peu, car en réalité j’ai rédigé la présente missive le 22 décembre. Y’a vraiment au moins un lutin qui a cru qu’au lendemain du 25 je serais en état d’aligner deux mots ?! Du coup, j’annonce… (Shiva, Le manchot, roulement de tambour siouplé !) Il y aura une dernière lettre dimanche prochain, afin de clôturer comme il se doit cette deuxième saison et vous souhaiter à toutes et tous une excellente année.

En attendant, j’ai décidé de prendre un peu de repos. Drôle d’idée, je le conçois, dans une période aussi chargée et anxiogène. Puis les fêtes de fin d’année, cela n’est vraiment pas ce que l’on voit dans les films. Pourtant, j’ai essayé…

Lundi, j’ai décidé de réaliser quelques achats de dernière minute. J’ai juste oublié que je n’étais pas Kelly, mignonne assistante de direction gaulée comme une déesse. Je ne suis que Mélanie, auteure au chômage gaulée comme une DS. Bref, lorsque j’ai glissé sur le trottoir verglacé, m’étalant de tout mon long sans la grâce de Kelly, point de Brandon ou de Josh pour me tendre la main afin de m’aider à me relever. Seulement une bande d’adolescents écroulés de rire et un chien errant hésitant un instant à lever la patte, peu sûr que je fasse partie du mobilier urbain.

J’ai repris mon chemin clopin-clopant mais sans cloper, en direction du centre-ville. Je m’attendais à faire une arrivée dans la zone piétonne et commerçante à la « La La Land ». Or j’ai rapidement déchanté. Point de décorations aux couleurs criardes, ni de Mariah Carey. Seulement Jim s’époumonant de toute sa bronchite chronique héritée d’une Gitane, au karaoké du PMU. Quand nos regards se sont croisés alors qu’il prononçait : « All I want for Christmas is you », j’ai repris ma route à toute vitesse. C’est ainsi que j’ai bousculé… une vieille ! Purin d’ortie mais ça n’en finira donc jamais !

Elle s’est mise à vociférer, le roquet qu’elle trainait en laisse reprenant avec liesse et en chœur. Malgré mes plus plates excuses, impossible de la calmer. J’ai commencé à chercher le bouton mute, puis le reset, j’ai même envisagé de lui arracher le pacemaker. (Qui n’a jamais ôté les piles d’un jouet horriblement bruyant.) Après n’avoir fait qu’un tour, j’ai perdu mon sang froid (Manquait vraiment plus que les Anglais débarquent, tiens.). C’est ainsi que j’ai hurlé à la face de Tatie Danielle : « Et bonne année grand-mère ! ». Tout autour de nous, les gens se sont figés. Je ne savais plus si je jouais dans un mauvais remake de Moi, Moche et Méchante ou de La Reine déneige.

Le moral dans les socquettes et la stalactite à l’œil (Parce que la larme gèle en dessous de 0° C.), j’ai réalisé mes emplettes. Dans cette ville grise, aux vitrines ternes, aux habitants sans âme, j’ai attendu patiemment mon tour dans chaque commerce, j’ai effectué mes achats, j’ai payé, j’ai laissé ma place « AU SUIVANT » comme le boucher m’a si bien fissuré un tympan.

L’esprit de Noël en berne, j’ai péniblement regagné mes pénates. Alors que je passais le seuil de la porte, Le manchot di congelo m’a tendu un dessin et Shiva s’est frottée à mes jambes (Sûrement plus par intérêt qu’autre chose, mais laisse-moi rêver un peu.). Une fois débarrassée de la plupart de mes couches de vêtements et de mes commissions, je suis passée devant le miroir du couloir. Avec mes cheveux ébouriffés, mes joues rouges, mon nez dégoulinant et mes épaules voutées, j’étais en effet loin de pouvoir postuler pour le rôle de Kelly. Dans le salon, mon homme sweet homme m’attendait. Ses fossettes ont fait fondre la glace qui enveloppait mon cœur, il a soufflé sur mes doigts gelés, puis a embrassé mes lèvres gercées avant de murmurer combien il m’aimait.

Cher Père Noël, après tout peu importe que le monde extérieur soit gris et triste, car dans mon univers j’ai décidé de laisser entrer la lumière.

Je te donne rendez-vous dimanche prochain pour une dernière lettre.

Des baisers pour chacune et chacun d’entre vous.

Mél.

Crédit photo : Jill Wellington sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

2 commentaires sur « Lettre 009 : Cher Père Noël »

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