Lettre 015 : « Cher agneau Pascal (1) »

Lettre 015

27 mars 2022

Cher agneau Pascal,

Il y a deux semaines, ma nièce Mia, alias Tortue, a été baptisée. Si je prends la plume pour te conter cet évènement, c’est qu’encore une fois, je n’ai pu m’empêcher de sauter à pieds joints dans le plat, enfin… dans le bénitier.

Tout est bien qui commence mal, un froid à congeler un canard en plein vol, un vent à renverser une pile de Beauforts. Et moi, toute endimanchée un samedi, petite robe, veste légère, collants et escarpins, gardant le fol espoir de pouvoir me réchauffer à l’intérieur de l’église. Apparemment, le fait que les voies du Seigneur soient impénétrables, c’est plus efficace que Bloctel, puisqu’il n’a jamais entendu parler de l’isolation à un euro.

Afin de rester discrète, j’avais prévu de me mettre en retrait. Sauf que je ne sais par quel tour de passe-passe, je me suis retrouvée assise au premier rang, enrubannée dans l’écharpe de La benjamine, claquant des dents et plus voutée que le plafond. Face à la concurrence, le Bossu de Notre-Dame n’avait plus qu’à bien se tenir, enfin… façon de parler.

Cher Pascal, avant toutes choses, il faut que tu saches qu’avec La benjamine, marraine de Tortue, nous avions prévu de mimer des sorts d’Harry Potter durant la cérémonie. Seulement, nous ignorions que le curé possédait un sens de l’humour plus développé que le nôtre. Dès le départ, la situation a totalement échappé à notre contrôle. La benjamine s’est installée pour lire le premier texte et, pensant le micro éteint, a lâché un tonitruant : « FRÈRES !!! »

J’ai immédiatement été prise d’un fou rire, que la décence m’a forcée à contenir. Ce qui est très difficile, car j’ai tendance à laisser échapper de petits jappements aigus, comme lorsque l’on coince la queue du chihuahua dans la baie vitrée. Il fallait bien que ça sorte, je me suis donc mise à pleurer, oubliant que mon nouveau maquillage n’était pas waterproof. Tout comme Waterloo, prenant l’eau, il a fait waterploof. Mon imitation de Pandi Panda à la messe a failli déclouer le petit Jésus de sa croix. 

Mais le pire restait à venir. Mon père, qui en réalité n’est pas le mien, ni celui de personne d’ailleurs, bref, monsieur le curé a décidé de se la jouer façon Julien Lepers. A la question : « Pourquoi Dieu vous aime ? », personne n’a su répondre. La benjamine a déclaré le plus naturellement du monde que c’était parce qu’elle est parfaite. Ma mère s’est étranglée d’un : « Qu’est-ce qu’elle a dit ?! » à défriser les chauves-souris. J’avais la bonne réponse, ça a scotché tout le monde. Sauf que le curé Julien Lepers, lui ça l’a fait évoluer, tel un Pokémon, en curé Jean-Pierre Foucault. Il a donc remis le couvert, le calice et la petite sœur de vin de messe. Question suivante, tout le monde répond faux, il se dirige vers moi, je commence à regretter d’être venue.

Evidemment, je vise dans le mille. La madre s’ambiance, se croyant dans « Qui veut gagner des missels ? ». L’homme qui valait trois dinars me traite de fayotte. Tante Claire me demande si je ne serais pas catéchiste secrète (C’est l’équivalent de la CIA mais au Vatican.), La benjamine se penche et fait mine de me lancer un sortilège. Après tout, on n’ira peut-être pas tous au paradis.

En apprenant que je devais lire la prière universelle, le curé était aux anges. Je suis devenue sa BFF. (Pour les plus de trente ans, ça signifie Best Friend Forever. Après, si vous êtes une quiche en anglais, Google est votre BFF.) Mais revenons-en à nos brebis égarées. Comme dira plus tard La cadette, le curé m’a tellement kiffée, que je me suis retrouvée préposée à la quête. Par réflexe, j’ai remercié chaque personne qui a déposé de l’argent dans mon petit panier. Y’en a d’ailleurs une qui a lâché un demi salaire, j’ai hésité à lui indiquer la direction du confessionnal. 

Cher Pascal, mon seul regret, c’est que du bas de sa première année de vie, Tortue ne se souviendra jamais de cette journée mémorable. Alors, j’ai décidé de graver ce souvenir dans un serveur informatique. (C’est drôlement moins physique que dans la pierre, et vachement moins violent que dans Pierre.)

A la prochaine, pour de nouvelles aventures.

Mél.

Crédit photo : Armzz sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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