« Elle s’appelle Clarisse… elle est infirmière libérale »

Début 2020, un nouveau chapitre de l’histoire du monde a débuté. J’ai sincèrement pensé qu’un élan de solidarité sans précédent allait voir le jour. Ma déception fût telle qu’en septembre 2020, ma foi en l’humanité s’était quasiment éteinte. Puis il y a eu cette rencontre avec Clarisse. A l’époque, cette tranche de vie a tellement été partagée qu’elle reste toujours à l’heure actuelle mon écrit le plus vu et lu. La vie est ainsi faite que certaines personnes laissent une marque indélébile de leur passage dans notre chemin de vie. Clarisse si vous lisez cette réédition, j’espère que vous avez tenu bon la barre et que vous continuez de semer du bonheur lors de vos tournées.

Le texte que vous vous apprêtez à lire je l’ai rédigé un vendredi soir, vautrée sur mon canapé, après avoir cogité toute la journée et longuement hésité à le poster sur le réseau social « Tête de livre ». Ce que j’ai fini par faire en m’assurant de le publier en mode privé, ne souhaitant pas le partager au-delà d’un cercle restreint (J’ai moins de cent amis sur mon profil.), par pudeur et peur des retours éventuels, en ces temps où l’amour pour son prochain, le respect et la solidarité sont plus que jamais des valeurs qui nous portent vers des lendemains meilleurs (humour noir, ironie, sarcasme, rayez la mention inutile). De fil en aiguille, mon écrit est arrivé entre les mains de Clarisse, c’est ainsi qu’elle m’a contactée le dimanche soir. Mais avant de vous en dire plus à propos de notre conversation, je dois vous raconter ce qu’il s’est passé ce vendredi 4 septembre 2020.

« Merci Clarisse d’avoir illuminé ma journée, de m’avoir redonné, certes seulement pour la journée, la foi en l’humanité, qui me fait cruellement défaut en ce moment.

Je voudrais vous parler de Clarisse, infirmière libérale remplaçante.

Ce matin à 6h50, lorsqu’elle nous a demandé de régler la prise de sang, j’ai eu un peu peur de l’avance à faire. Je lui ai demandé si je pouvais faire un chèque. Elle n’avait pas de monnaie, donc elle a accepté sans problème.

Je n’avais pas bien dormi et c’était bien trop tôt pour mon cerveau. Lorsqu’elle nous a demandé 8,58 euros, je n’ai pas bien compris.

Je regarde dans mon portefeuille… un billet de 5 euros et des pièces de 2 euros. Je lui indique que n’ayant que 9 euros, je lui fais un chèque. Elle insiste alors pour que je lui donne 8 euros si je les ai, ça l’arrange, ça lui fera de la monnaie. Je me souviens que j’ai une pièce de 1 euro à l’étage. Je monte… et devant cette pièce j’ai soudainement honte et je pense à toutes les infirmières que je connais.

Mais non ! Non ! NON ! Je ne suis pas au supermarché à passer un bon de réduction pour un paquet de BN. Je ne suis pas au vide grenier à négocier devant un mug Mickey Mouse.

Mon cerveau se réveille dans la minute. Clarisse a fait 10 min de trajet pour l’aller, autant pour le retour, est restée 10/15 minutes à la maison, soit presque 30 min. On ajoute à cela le trajet au labo, le matériel utilisé, l’usure de la voiture, le carburant, les charges, le fait qu’elle a commencé le travail à 6h… et elle me fait un rabais sur les 8,58 euros que nous lui devons. Mais quel salaire lui reste-t-il ?! A quel moment cela est-il décent ?!

En plus elle s’excuse, elle prend soin, elle rigole, elle remercie, elle décline le café. J’ai encore plus honte !

Je redescends, consulte mon mari du regard, échange 2 mots et nous lui tendons 9 euros. Elle tente de nous trouver la monnaie, nous refusons. Je lance que ça sera pour le café. Elle rigole ! Elle est pressée, elle fait tout vite mais avec délicatesse, même son débit de parole est rapide. Elle est surchargée de travail depuis la Covid.

Clarisse est partie en laissant un morceau de sa bonne humeur dans la maison. Mon cerveau a cogité toute la journée.

Alors oui, des soignants m’ont déjà parlé de leurs conditions de travail.

Alors oui, je connais leur abnégation, leur générosité, leur amour de leur prochain.

Mais Clarisse, cette parfaite inconnue, qui doit à peu de chose près avoir mon âge, m’a apporté autant que mes amies alors que je n’étais pour elle, moi aussi, qu’une parfaite inconnue.

Merci Clarisse ! Merci pour la claque, pour les pendules remises à l’heure, merci pour la lumière dans mon âme.

Ce texte est un peu long mais Clarisse le mérite, même si elle ne le lira jamais.

Vive nos libéraux ou libérmaux ! N’oublions pas que le jour où ils diront stop la situation sanitaire sera désastreuse.  »                

Je pensais sincèrement que presque personne ne prendrait le temps de lire ce texte en entier. Sur les réseaux sociaux on va vite et on privilégie les publications contenant des images. Mais ça n’a pas été le cas, bien au contraire. J’en reviens donc au dimanche qui a suivi et au message que j’ai reçu de Clarisse. J’ai appris le lundi qu’une ancienne collègue de travail avait fait le lien entre nous deux. Les paroles de Clarisse, l’infirmière libérale remplaçante, m’ont particulièrement touchée, mais le message suivant : « J’espère que votre texte fera comprendre aux gens certaines choses… » m’a interloqué. Ses espoirs allaient rester vains car ce texte n’était pas diffusé auprès du grand public. Après discussion et avec son accord, je rectifie donc mon erreur. Cette goutte d’eau ne fera pas déborder le vase, mais si grâce à quelques mots j’ai au moins pu apporter ma pierre à l’édifice, j’en serais très heureuse. Je vous laisse propager ce modeste geste de solidarité, qu’il se répande telle une onde de choc… construisant quelque chose sur son passage.

Crédit photo : Engin Akyurt sur Pixabay.

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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