Lettre 022 : Cher Père Noël

Lettre 22

10 décembre 2020

Cher Père Noël,

Plus que deux semaines avant le grand soir ! J’imagine que pour tous les habitants du Pôle Nord, c’est le branle-bas de combat. En tant qu’ancienne animatrice, je compatis à ton angoisse de ne pas être à la hauteur des attentes des enfants. Pour celles des parents, je me doute que tu as dû lâcher prise depuis longtemps.

Passer son temps avec des enfants c’est tout de même improbablement enrichissant. Tu finis par connaître par cœur le nom de tous les Pokémons. Mais avouons-le, il y a tout de même mieux pour briller en société. Tu ne crains plus aucun fluide corporel, ni même d’en avoir les vêtements imprégnés durant des heures. Tu deviens polyglotte. En même temps, entre le petit de trois ans qui parle derrière sa sucette, celui de six autant édenté que la mémé Jeannette, et le grand de dix qui ne s’exprime que par versets d’Aya Nakamura, tu n’as pas trop le choix. Malgré toute ta passion, à 18H30 lorsqu’un parent vient te briser les ovaires pour un gant perdu, tu envisages tout de même une reconversion professionnelle comme psychopathe, voire sociopathe.

Dans le domaine de l’enfance, il est primordial de savoir garder son self control en toutes circonstances. J’ai eu l’occasion de m’occuper d’un Harry. Or, depuis la célèbre saga de J.K. Rowling, il faut vraiment ne pas aimer son fils pour le prénommer ainsi. Il a donc mangé du Harry Potter à chaque fois qu’avec ma collègue nous faisions l’appel, soit deux fois par jour. Mais ce matin-là, il a littéralement craqué lorsqu’à l’énoncé de son prénom un copain a crié « Potter ». Rentrant dans une colère noire, il s’est mis à hurler : « C’est pas Harry POTTER ! Je suis Harry COVERT ! ». Cher Père Noël, sais-tu combien c’est douloureux de retenir un fou rire ?

Malheureusement, un jour de carnaval j’ai craqué face à un enfant particulièrement casse coui… plein de vie. Durant le goûter, il a, en moins de cinq minutes, émietté son gâteau au chocolat sous la table, mis ses bonbons dans son verre de jus d’orange qu’il a renversé pour l’étaler sur la table. Direction le banc, le temps qu’avec ma collègue nous nettoyions les dégâts, et pour l’inviter à réfléchir à ses actes. Peine perdue, le pauvre gosse n’étant pas mieux câblé qu’une Renault. Ne monte pas sur tes grands rennes ! J’avoue que ce n’était pas vraiment Dolto, ni Filliozat. Mais j’aurais voulu t’y voir avec une quarantaine d’enfants pour deux animatrices. En comptant dans le lot, un handicapé, deux hyperactifs, un allergique, un diabétique, un immigré Bulgare, un qui pleure qu’il veut sa maman, trois qui n’aiment pas le chocolat, deux qui voulaient des bonbons oranges et pas jaunes, et j’en passe. Cela n’était plus un centre aéré mais la cour des miracles. Mais revenons-en à notre puni, qui à peine assis sur le banc a trouvé le moyen de se coincer la main entre deux lattes en bois. Là, j’ai perdu le contrôle de mes nerfs, et devant toute l’assistance soudainement silencieuse, j’ai attrapé un fou rire d’anthologie.

Parfois dans la vie, on a plus le shining que le feeling. Comme lors de cette rentrée scolaire, lorsque j’ai demandé à une petite fille maghrébine ayant des difficultés à s’exprimer en français, où elle avait passé ses vacances. Elle a baragouiné qu’elle avait pris le bateau Sénessem. Je lui ai donc demandé dans quel pays se trouvait la jolie ville de Sénessem. A son regard, j’ai compris que je faisais fausse route. Racontant ma journée à l’homme qui valait trois dinars, le mystère a rapidement été résolu. Il s’agissait en fait du bateau de la SNSM. Une chape de honte s’est alors abattue sur moi.

Cher Père Noël, des anecdotes j’en ai à la pelle, et je ne vais pas te mentir tout cela me manque un peu. Mais maintenant, j’aspire à autre chose. Je voudrais devenir maman à mon tour. Et ma plus grande peur, ce n’est pas de savoir si oui ou non je tiendrais bien ce rôle. Non, ce qui me tétanise c’est l’idée qu’un jour, ce sera moi le parent qui râle pour un simple gant perdu.

Des baisers du bout des lèvres !

A la prochaine lettre ou à la suivante !

Crédit photo : jarmoluk sur Pixabay

Publié par melaniebonnotauteure

Auteure et chroniqueuse littéraire.

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